L’Ophélie

O.  fait son lit.
J’ajoutais de l’eau au naufrage, à la noyée

Qui s’était prise d’un goût immodéré pour la flaque.


Partout le liquide s’insinuait, l’imbibait,

En une marée collant à son corsage,

Étalant en nappe sa robe en ligne de flottaison.


J’espérais qu’elle suive la dérive ,

Qu’elle coule suivant son inclination,

Mais immobile dans le bras mort,

L’Ophélie baignait dans son lit,

Juste accostée près du ponton,

Abritant de son ombre les poissons,

À attendre l’été, asséchée dans la vase.


Mirliton 

Noir Vénus


Sortie de douche, détendue

L’éclat sombre de sa peau

Encore toute imprégnée de pluie,

apparaît luisante, lisse, vernie.


Surprise qu’un courant d’air

couvre ses bras d’un grain de nuit.

Elle se frotte avec énergie,

Se réchauffe du moelleux d’une serviette en coton..


& quand sa fourrure douce sèche,

s’enroule dans de petits roulis,

Elle ouvre les doigts en peigne

 les lisse, les aplatit.

Mirliton

Grave

Là haut, l’étendue des branchages

 Qui enserre la chapelle 

& des oiseaux partis qui y  cachent un nid.

À la renverse,

Des feuilles dessèchent

& les racines s’accrochent au terreau. 


Le hasard des lumières pense en hublot,

Sur une découpe en planche,

En forme de ciboulot. 

Mirliton

 

Broyer

Sans dessin, le paysage se couvre

D’une pluie fine de traits hachés.

Le noir imaginé d’une antique caméra.

Le trou bleu nuit arrose en geyser les lignes,

Libérant en bouillant un jeu de spasmes,

Un jet irréductible qui plisse les entrelacs.

Un mystérieux hoquet secoue en bas,

Quand la terre se trouble et l’écume se débat

& surnage une âme, une mousse sombre de lave.

Les humeurs se mêlent, dérangent les ébats.

L’incendie de foudre inonde le rivage,

S’écoule le noyé jusqu’au calme virage.

~

Mirliton

Le médaillon forain


Dans un coin de la foire, le ferrotypiste
Dépose dans la boite, une découpe de fer noir,

Précédemment trempée à l’abri dans les sels.

Enfin dans l’appareil en attente de modèle.

Quand le ciel illumine, le sujet se pose dehors

Calé sur une chaise.


L’orifice s’ouvre & compte les secondes

& bascule dans le bain, la plaque

& blanchit la gélatine du métal.


Enfin sec et collé en médaillon

Tu te vois au centre de la carte,

& inscris en souvenir au dos ton nom.


Monsieur Déclic

Col de cygne, beurre d’escargot

( air affable)

Tout à son habitude d’explorer le rivage.

L’oiseau aime surtout la lumière des couleurs 

& à paraitre soyeux sur un lac vert opaque.

~

L’immaculé navire accoste dans un nuage.

Une coque de gâteau, une crème en traineau,

Un son de crapaud sur un air de trompette,

Maladroit à la marche, il s’ empêtre à l’envol .

~

Mais le cygne flotte. Garde sa ligne de flottaison.

& dérive d’un lent mouvement de tête, 

Parodiant l’essence en suspend de la danse.

~

Au bout de sa piste luisante ,

Le dos rond, l’œil en lanterne, 

L’insensible mouvement de mollusque

S’offre au regard du plumeau.

~

Pierre /ciseaux, coquille à bec,

Chacun arme à sa manière,

Son corps au désir du beau.
Mirliton

Vénus griffée

Femme nue hésitante aux gargouilles tapies.

Des pierres figent les figures de chimériques engeances

Grimaçantes, le long d’un chemin sans repos.

~

Elle, en robe de lumière & les rayons la dardent

& perdue pour perdue, en tremblant elle s’agace.

Rassemblant son courage, s’écorchant au passage,

Se griffe à fleur de peau, se laisse à la ramasse.

Dans le noir qui la glace, elle cherche la façon

D’écarter les épines & d’avaler ses larmes.

~

Protégeant son sillon & démêlant sa toile,

Dans le noir, la vénus poursuivie par le soupçon des âmes,

S’ inquiète un instant d’un air, le chant des voiles.

Mirliton

Histoire de chaise

Osier,

1890-1900

Monsieur Jacques, tout jeune,

Enrubanné, se montre dans le jardin,

en pied sur le fauteuil d’osier,

Fier de tenir depuis peu son équilibre.

Il s’applaudit d’être au centre des débats,

Rit de l’attente d’un p’tit oiseau

Surgissant de l’étrange soufflet corbeau

& sa mère en coulisse s’apprête à la dégringolade.

Mirliton

L’amande amère

à A.

Tortillons & flonflons, agrippée à la scène.

Menteuse, j’aimais quand tu disais j’aime

& m’oubliant en changeant de passion,

Tu allais titubante chercher des illusions.

Tatillon imbécile de te trouver malsaine.

Menteur, je m’étais dit : c’est mieux sans elle

& oubliant mon goût pour le sel de ta peau

J’allais seul & riant préférant être sot.

Mirliton