L’exposition

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S’arrêter sur le boulevard

À la devanture, les photographies

Impressionnent par leur calme.

Une vérité ocre exposée à une lente mélancolie

Où chaque pli se casse pour augmenter la vision.

C’est ça… en une perspective marquée dans le pli

& chaque ombre y dessine sa manière d’habiller.

Des manières d’envelopper  un corps 

En matières superposées.

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Mirliton

Crème

Crème

Sur un siège d’osier,

l’âge tendre d’un canotier,

une tache

à sa veste meringue,

tourne sept fois sa langue,

sa cuillère en cadence

Émerge

du tourbillon de mousse chocolaté.

Son souvenir se perd,

 décroché,

 Reste la rouille des punaises.

Mirliton

Le médaillon forain


Dans un coin de la foire, le ferrotypiste
Dépose dans la boite, une découpe de fer noir,

Précédemment trempée à l’abri dans les sels.

Enfin dans l’appareil en attente de modèle.

Quand le ciel illumine, le sujet se pose dehors

Calé sur une chaise.


L’orifice s’ouvre & compte les secondes

& bascule dans le bain, la plaque

& blanchit la gélatine du métal.


Enfin sec et collé en médaillon

Tu te vois au centre de la carte,

& inscris en souvenir au dos ton nom.


Monsieur Déclic

Ne vois tu rien venir?


D’heure en heure , il boude

Rien n’est prêt; ils l’ont plaqué!

Ses satanés caniches se sont tirés

Pour ne pas s’faire atteler

& préfèrent courir se faire friser, brosser

Le manteau de fourrure et la culotte de peau.


La belle, tout là-haut au donjon hallucine,

S’agite. Ma breloque n’est-elle pas arrêtée?

Enfin au loin, elle voit le chemin qui poudroie.

Déjà elle s’dépêche, s’apprête à défaillir,

À s’ faire en circonstance une tête.

Mais la poussière, hélas, n’était liée qu’aux balais.


Mirliton

Noir d’écrin

Tu sais, la nuit ouvre la boite à lumière
& projette, en grains blancs sur noir
Son cinéma depuis l’unique fenêtre active.

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Derrière ton remue ménage de pensées solitaires
Quelquefois résonne un éclat de vaisselle tardive
Ou encore, sans fin, l’air agite une radio plaintive.

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Faudrait penser à te coucher, le nez dans l’oreiller,
Quitter l’écran fragile du poulailler, Cocotte.
Déshabiller le volatile, noir de plumes, blanches de guiboles.

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Dans la chambre t’attend ton livre retourné,
La page cornée cherche encore à continuer l’histoire.
Faudrait te coucher sur le coté, t’allonger & poursuivre.

Mirliton

Art involontaire


Art involontaire ( section gravure rupestre)

À l’extérieur les murs lézardent,

Les crépis en écailles se détachent.

Un air d’inhabité, les fenêtres jamais ouvertes.

Des volets, sans doute, battent déglingués, 

& autour du chantier quadrillé de balises,

On s’attend à chasser une empreinte ancienne.
Mirliton

L’extrèmité

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Le paysage entrevu dérive en montagne russe
Au loin, la vue est dégagée et découvre l’ébauche d’un village
Un ocre de bâtisse fixe un pré vert chou.

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Le soir, le néon illumine les gouttes collées à la fenêtre,
& La pluie s’y concentre en lentilles.

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Le matin tire un rideau d’ombre sur la côte lointaine.

Cannage

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Trop grandes pour le panier,
Pour rêver d’y croire,
Elles jouent une dernière fois l’enfance
& s’enfoncent dans le canot.

Les filles à bord miment l’eau,
Rament & raclent le gravier.

Quand l’oiseau attentif déclenche,
(Le rire) le temps juste d’une pose,
Elles chavirent pour descendre.

Mirliton

L’oued

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À travers
Un verre fragile, en transparence,
Là où se dépose le cliché.

Dessus,
Le lit d’une rivière souterraine
Que des pluies lointaines,
Venues du nord,
Un jour, fera apparaitre.

Souvent
Dans l’oubli de ces crues soudaines,
L’oued devient un lien,
Un sillon creusé dans le paysage,
Serpentant en silence entre les villages.

L’oubli

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Vers 1850 anonyme
Le sel sur le verre a déposé en ombres
l’éternel souvenir au nom maintenant perdu.
Un prénom au revers, quelquefois, un âge,
Sophie ou Eugènie, 18 ans dont personne se souvient
& qui reste égarée dans l’oubli des familles.

L’île déserte

Chacun dans sa coquille est adepte d’escalade
& souhaite bons vents, tempêtes et crises de nerf.

Aux antipodes, sur catalogue, déjà, on rêvait d’y aller,
Pendant que eux, ici, montaient les tours Eiffel.

De loin, l’hélico s’installait stationnaire n’osant trop s’approcher
& les fourmis insulaires fuyaient à notre approche.

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Le ciel toujours clair, clément et la mer sans ride,
Nous faisaient oublier l’aimant de la boussole.

À la moindre éclaircie, c’est parti! On lançait l’escapade,
& la nuit là haut, on adorait voir monter la lune en lampadaire.

Mirliton

Paysage de nuit

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La plaque en négatif vire à l’enfer
Coule la lave du volcan,
Se répand le charbon ardent.

L’inverse donne le jour au glacier,
À une mer de glace immobile,
Impassibles, les vagues se figent.

T’entends?
juste quelques craquements
& un froid diffus d’enterrement.