Autoportrait

Le mirliton

~

Le poète s’enflamme

Y’fait feu de tout bois

Boit, dérive, s’extase

Juste encore un doigt!

~

La poésie hésite

S’arrime à un son chaud

Sa voix clame & pensa

« l’enclume, chant du marteau!»

~

Le papier a la griffe

L’encre est enfin jetée

Le stylo bave, écume

des meilleurs bouts rimés.

~

L’oiseau qui passe hélas

dit en alexandrin:

« Sous couvert de bons mots,

Mirliton n’est qu’une plume! »

~

Morale

~

Moi , je pense que l’gominé

Genre canard laqué

N’est pas le mieux placé

Pour être un plumassier.

~

Non mais!

Mirliton

~

Il danse des oiseaux

sur ses ciels de papier

mais son dos se fait rond

et sa mine chagrin

~

« Encore la même chanson »

dit l’homme diligent

« le jour pousse chez moi

son camaïeu de rose.»

~

Et sur autant de pieds,

la muse qui entonne :

« Vous m’êtes enlevant,

de pinceau comme de vers. »

~

Morale

Chacun son ciel

Huit pieds ou pas

Le temps y fait

bien mieux que soi.

~

Merci Mirliton!

~

Caroline D.

Galipette

~

Les enfants préfèrent les galipettes aux galimatias,

Ou bien

les chansonnettes aux gros zopéras,

Ou bien

Le fou rire au milieu du repas

Ou bien

Une guerre d’oreillers,

Tu m’attraperas pas!

~

Mirliton

~

Pendant ce temps

la neige tombe et fond,

d’une préférence à l’autre.

Et les jours galipettent

sur un matin de Bach.

Jouez, enfants, jouez,

que nos coeurs entonnent!

~

Caroline D.

Songeuse,

Songeuse,

~

Elle nourrissait quelques pensées obscures

Qu’elle aimait reprendre;

Ajuster ses mots.

~

& quand le soir venu , allumé par la lune,

Elle voulait les redire

À son reflet dans l’eau.

Mirliton

~

Obscure
Elle voulait quelques lunes
Pour nourrir le reflet
Celui des mots et de l’eau
Dans le soir venu

Caroline D.

À l’amble

~

Un balancement de bras

Jambes & bras à l’amble.

Un sable tendre de plage

Qui s’enfonce en sourdine.

~

La lumière qui s’échauffe

Devient bientôt cuisante.

Le torse s’enroule de chaud,

Le dos se plait à l’ombre.

~

La mer s’échappe, revient,

fraîche & frissonnante

À lécher le badaud

À rafraichir les plantes.

~

Mirliton

~

Construction

Chaque dessin doit être prêt à tout réinventer.

La courbe cassée comme une côte de rochers.

Un trajet.

La forme est ce sentier côtier où chaque pas est la découverte d’un nouveau panorama.

La forme en panorama.

Le corps est délié de sa description .

L’œil abandonne une rapide ressemblance pour une ligne musicale.

La beauté n’est plus dans le sujet ou dans la pose mais dans le plaisir de la promenade, du parcours des détails des éléments du corps.

~

Mirliton

Vert pianiste

Vert pianiste,

~

Le siège est vermoulu, cramoisi, en velours.

Elle, elle reste sage, figée, pâlotte

Même si sa menotte sortait de sa culotte,

la belle s’ingénierait à paraître innocente

~

& quand, longtemps coincée sur l’assise molle,

Elle sent monter un point, une douleur vive,

Elle n’ose plus bouger, de peur d’être prise

La larme triste à l’œil et la mine grimace.

~

Elle regarde passer la pendule….

lente.

Le piano qui clapote,

Quand les cordes se tendent .

~

« Vivement que les marteaux enfin se cassent,

Que ne vibre plus en pics dans toute ma carcasse

Tout ce tintouin d’enfer d’harmonie pâle.

Que se taisent les notes, que je parte, que je rentre

Rêver d’un bain chaud au creux d’un nu délasse. »

~

Mirliton

Une gallo romaine

Pays d’oubli ( Lamento )

J’allais te dire

Partir, la roue tournait,

serrée, dans ta cage dorée,

J’adorais au creux te garder

Garder ton secret sommeil.

~

J’aurais dû t’y suivre,

Pars! Courir ton sentier

Envolée, gorge serrée

Je ne retrouve plus en creux

La chaleur du lit parfumé.

~

Plus voulu de caresses,

Moi qui buvais ta bouche

Partie, ma belle lassée

Tu oublies, enfin t’essaies,

La prison d’être aimée.

~

Mirliton

~

Chat…

Chat

~

Vire, navré, le navire prend l’eau,

Peau, pas d’peau pour la poupe,

Loupe, écope & choppe,

Mot, se rire des marées,

Touille, à la godille, à vau- l’eau,

Tôt, pointe l’avant du bateau,

Lent, s’enfonce, s’abime.

~

Mirliton

Longitude

~

Du milieu de la nuit éclate les artifices.

Les lumières en fusées balisent une ligne imaginaire

Elle progresse, en suivant une rotation de sphère.

Il faudra tout un jour pour envelopper les terres

Et que tous les réveils basculent pour une année nouvelle.

~

Amical Mirliton

Regard éloigné

Brownien

Un sentiment de figuration

~

L’ abstraction naïve

D’un fouillis aux allures de jungle.

Au détour du chemin tu t’emmêles.

Tu t’en mêles ?

Vague retour à l’âme, là bas pas d’horizon,

Le flou d’une ligne invisible d’arbres palpite en fond

& d’étranges volatiles en immobiles plantons.

~

La pose suggère un certain abandon,

Une sensation que l’on reconnait au crayon

& le sombre déjà vu d’une figure d’illusion.

~

Mirliton

Statue de l’effrontée

~
J’te voyant bien tout en malice,
K’a venu glissou sa menotte
Jusqu’au fond d’sa culotte
Même qu’ j’y ai dit ma p’tite mie:
« Minou, j’y dit l’mot très doux,
Vient’ en ici chippie su’lit
Que j’te délice, que j’te délace. »
Mignotte te v’là lasse, Élise,
T’auras pu k’à t’y laisser fondre,
Katie, yeux roulants su’l’dessud’lit,
Alanguie la lippe à l’eau
& K’à l’ailloli enfin l’élue dort.
Elle est en or, mon adore.
~
Mirliton 

Breloque

Breloque
~
Ailé en or serti,
Bronzé pale vert de gris,
Tu t’acquittes de ta tâche
Taquines, troubles & grelottes.
~
Ton pendentif actif balance,
Se glisse sous la chemise.
~
Accroché à sa chaine
Comme un lépidoptère,
Il dessine la lumière
Qu’un décolleté attise.
~
Mirliton