L’explorateur

L’explorateur

~

Très jeune l’explorateur solitaire descendait les fleuves sur les cartes

Pour finir endormi par se perdre embourbé dans un bras de delta.

Il affirmait se laisser dériver à même le fond de cale

entouré de crocos inquiets, l’œil ouvert juste à la flottaison.

La lune l’éclairait pour qu’il puisse ressembler aux chromos

& la nuit finissait au matin en goût d’chocolat chaud.

~

Mirliton

Publicités

Est-ce un crime?


Scène 1

~

La chaise se fait prier, un témoin principal gênant.

D’une main ferme, on se retient ensemble,

Sous un décor planté comme une apparition.

La table s’est éloignée, elle ne va plus parler.


Scène 2

~

La coquette défrise l’astrakan en bouclettes

& s’emmitoufle; la main en peigne lisse la fourrure.

Elle dissipe ainsi sa peur du noir, des loups &

Des histoires à croquer les petites des Carpates.


Scène 3

~

La chambre est terne & grise la pellicule.

Elle s’affiche dans un coin, renversante,

Noire de gants & projette son ombre,

Son corps survêtu se démasque surréel.

~

Mirliton

L’exposition

~

S’arrêter sur le boulevard

À la devanture, les photographies

Impressionnent par leur calme.

Une vérité ocre exposée à une lente mélancolie

Où chaque pli se casse pour augmenter la vision.

C’est ça… en une perspective marquée dans le pli

& chaque ombre y dessine sa manière d’habiller.

Des manières d’envelopper  un corps 

En matières superposées.

~

Mirliton

Impressions


Modeste pompon

Qui vole au vent, éternue à la moindre brise,

les hélico dévissent du pissenlit ,

Entament en formation l’ascension.


Un enduit de préparation couvre

Les jointures de plaques, les fixations

d’une simple ornementation

bientôt recouverte d’un ennui de grand blanc.


L’enchanteur débutant , pétrifiant,

Inscrit dans la roche, couverte à la marée,

L’oiseau de mer, un fou, un goéland

condamné à attendre ici la fin des vents.


Depêche, défriche, décolle.

Sous l’affiche, l’éphémère trace s’accroche,

marque le champ de sillons,

de gestes se mesurant au plan.
Mirliton

Zinc & guinguette 


Au zinc, à faire un rien grise mine,

La midinette médite le nez dans son vin.

Triste, noyant d’eau son anisette.

Un bel adonis sort clandestin 

Lucie hallucine, grimpe, bêle,

grince des dents, grimace.

Indécis, le dieu toujours déçu descend.

Imbécile, le traitre fuyant la dépasse,

Malpoli, irritant tournedos.

Le bel ado laissant là la belle

Sans son numéro d’appel, 

Sur sa faim, elle, le nie & le renie, l’irritant.


Mirliton pour La Desprée

L’Ophélie

O.  fait son lit.
J’ajoutais de l’eau au naufrage, à la noyée

Qui s’était prise d’un goût immodéré pour la flaque.


Partout le liquide s’insinuait, l’imbibait,

En une marée collant à son corsage,

Étalant en nappe sa robe en ligne de flottaison.


J’espérais qu’elle suive la dérive ,

Qu’elle coule suivant son inclination,

Mais immobile dans le bras mort,

L’Ophélie baignait dans son lit,

Juste accostée près du ponton,

Abritant de son ombre les poissons,

À attendre l’été, asséchée dans la vase.


Mirliton