Silence de papier

Chambre noire

La nuit, je lis,

Retrouve mes personnages,

Gribouille entre deux pages

& en fin de chapitre, je baille.

Mirliton

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Roulette russe

La roulette russe

~

La ruse déroule,

P’tit marin Potemkine,

Ta roue sur l’parquet;

Qu’elle crisse et trace

Les cercles concentriques

D’entrelacs hypnotiques.

~

La toile au dessin idyllique,

Montre un banal lointain.

Le chemin où les enfants

aiment à se perdre, fuire

& s’épuisent avec entrain.

~

Mirliton

~

Juste au corps

Juste au corps

~

Décor,

L’aconit tue loup,

Un tapis de montagne

Un désordre de capuchons,

Gueule de loup en campagne

Griffes dans les broussailles.

~

Juste,

La petite accroupie

À l’abri tremble et larmes

& reste cachée longtemps

Jusqu’au débordement.

Elle s’est tapie souris.

~

Encore & graphes,

Juste au corps

Mal aux pieds?

Perdue, tordue cheville

Le chemin forestier défoncé

Les bras en moulinet.

Mirliton

Prince dormant

~

Autour des lampes

Dansent et grillent, en transe,

Les fines mouches.

~

La nuit rend volubile sous une voute d’étoiles

& le jour trop réel, elle l’oublie en dormant.

~

~

~

La voilà repartie dans ses rêves

Poursuivant le jeu des idylles

Au secret des passages chimériques

Où tout est faux-semblant.

~

Un soupçon de prince dans l’air ambiant

& déjà palpite à ses lèvres comme un tremblement.

~

~

~

Un murmure: « impossible !», un serment,

Armant une larme, humide,

Elle s’étire en remuant.

~

Mirliton

~

Guetteurs

À la pêche, elle s’déhanche,

pointe la flèche, cligne de l’œil

& enfonce l’hameçon en fin fond des cœurs.

~

Son regard aiguisé & son doux teint de pêche

Les tirent du sommeil. En haleine, ils aboient

Déjà pieds & poings liés à leur belle Hélène.

~

Là, où elle tient lieu de loup, dans l’ombre du sous-bois,

aux aguets, elle joue & toi, tu suis l’appât,

Sauras-tu toujours la garder bien éloignée de toi?

~

Mirliton

L’explorateur

L’explorateur

~

Très jeune l’explorateur solitaire descendait les fleuves sur les cartes

Pour finir endormi par se perdre embourbé dans un bras de delta.

Il affirmait se laisser dériver à même le fond de cale

entouré de crocos inquiets, l’œil ouvert juste à la flottaison.

La lune l’éclairait pour qu’il puisse ressembler aux chromos

& la nuit finissait au matin en goût d’chocolat chaud.

~

Mirliton

Est-ce un crime?


Scène 1

~

La chaise se fait prier, un témoin principal gênant.

D’une main ferme, on se retient ensemble,

Sous un décor planté comme une apparition.

La table s’est éloignée, elle ne va plus parler.


Scène 2

~

La coquette défrise l’astrakan en bouclettes

& s’emmitoufle; la main en peigne lisse la fourrure.

Elle dissipe ainsi sa peur du noir, des loups &

Des histoires à croquer les petites des Carpates.


Scène 3

~

La chambre est terne & grise la pellicule.

Elle s’affiche dans un coin, renversante,

Noire de gants & projette son ombre,

Son corps survêtu se démasque surréel.

~

Mirliton

L’exposition

~

S’arrêter sur le boulevard

À la devanture, les photographies

Impressionnent par leur calme.

Une vérité ocre exposée à une lente mélancolie

Où chaque pli se casse pour augmenter la vision.

C’est ça… en une perspective marquée dans le pli

& chaque ombre y dessine sa manière d’habiller.

Des manières d’envelopper  un corps 

En matières superposées.

~

Mirliton