La godille

L’aviron brasse l’onde en huit hélice.

Les sœurs blondes hélas tremblent 

Déjà l’eau mouille les bottines.

Elles s’excitent dans l’esquif

S’empêtrent, toutes trempées du jupon

Collé blanc transparent juste aux corps.

Échoppent, s’effrayent les ondines.

& elles se font à l’envers des films

Où la mer sans fin les chavirent, les enlisent.

~

Mirliton

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Le ressort enroulé

1)

          Le ressort enroulé (fable)


Le commissaire d’exposition, le mécène éclairé et l’œuvre d’art


remontent comme un ressort, une mécanique culturelle bien huilée.


La spirale décisionnelle qui va nous amener à l’œuvre


est toujours le fruit d’une intense cooptation.


Avec force biscuits et pétillant, on en oublierait même l’objet,


pour lui préférer la joie de se retrouver dans un monde éclairé


& se prêter à la communion autour du jeu monopolisateur.


~

Déjà, le commissaire est là pour ( en) reprendre une ligne


Mille fois exposée et le mécène attend qu’on lui fasse de l’œil, du pied, 


Que l’on cite son extrême intérêt ; l’occasion est trop belle d’être ainsi choyé.


Tout ce p’tit monde, la fête terminée, un petit peu pompette, sortira ravi et 


bien amusé, rotant & se disant prêt à y retourner.


~

& l’œuvre, alors? oubliée sur le coté, sur une table; elle est débarrassée, jetée ou balayée 


par un personnel d’entretien qui n’aura toujours pas la qualité 


pour entendre l’ironie de sa dure réalité à l’Œuvre ;


Elle qui n’en finit pas d’oser, doser provoquer 


et qu’ainsi mise à nu sans s’écarter, s’expose à tous les dangers.


~

Signé: l’œil du Mirliton


2)

En référence:
1 )dessin non terminé de Jean – Pierre Allain 2018
http://www.jean-pierre-allain.fr/
2) rêve de bronze de j’y Beaujean 2018
https://desertoccidental.wordpress.com

Le bibi

Son bibi de travers
cerise, gâteau des îles,
empesé d’amidon,
Coloré à la diable,
Lui allait comme un gant.
~
Elle aimait se montrer à la glace
Allant presque nue
Se voir & corriger
& Sa cambrure, en suspend sur les pointes
& Son allure de tourbillon.
~
Mirliton

Au hasard des silhouettes

~

Je rechigne à la tâche,

P’têt bien d’fatigue lasse,

Du dégout des couleurs.

Bien fait pour la mêlasse!

~

T’as plus qu’à r’prendre la plume,

Tirer un trait dessus, un autre,

T’avancer dans l’ étendue du noir

& t’attirer vers la forme qui passe.

~

Tu sais que tu n’veux pas

Trop vite la reconnaitre

Laisser un leurre en bois

Être ton canard de chasse.

~

L’encre qui boit-sans-soif.

navigue, nage à la rame,

laisse des traces de pas,

Silhouette des hasards.

~

Mirliton

Claire ( ligne )

Roc est brune,

Timide en escargot,

Légère à l’à propos

Ou à s’taire… souvent.

~

En bouchon de papier,

Le nez en tortillon,

Si j’la gronde,

Coule à la larme.

~

Sans souci

Si avec’elle aussi

Tu souris à l’envie,

Tu vois des yeux fripons.

~

Mirliton

Au départ

Au départ, c’est l’envie de partir,

De faire de l’esquif une ile solitaire,

Flottant entre deux creux de vagues,

Balloté, coque de noix du désert d’eau,

Inquiet,la nuit, de couper la route des naufrages

& ravi d’un dauphin qui tout d’un coup gambade.

Mirliton

Elles

Sortie toute droite de sa coquille

Faisant des ronds dans l’eau,

Testant d’un doigt de pied

cet étrange douceur de la vase.

 

L’eau est fraiche, pale, grise,

Pourtant, elle s’arrête transie

un soupçon de gardon

vient frôler sa cheville.

~

Mirliton

~

L’autre chemine en travers de la lande,

Toujours dans ses pensées,

S’applique à ruminer,

Refaisant sa journée.

 

Elle n’a pour paysage

Que des souvenirs mille fois repassés.

Elle ne prend pas la peine de lever le nez

& ne veut jamais se saouler d’air par bouffées.

 

Coccinella

~

Fragile & transparente,

La fibre des ailes pliée sous la coque.

À l’apparence léchée, tendue,

Ses fines nervures se brisent

En replis de soie. Prête

À s’ouvrir & à battre l’air coléoptère

Quand elle se déséquilibre aux faux pas.

Mirliton

Mélancolie

Mélancolique

Certains visages évanescents

Nous plongent dans des pensées hypnotiques.

~

Bien qu’une robe en toupie

Noire de volants évoque le deuil

& qu’un appui, une chaise vide,

Laisse la place du revenant;

~

Un regard, pareil

au portrait romantique d’Aline Chassériau,

inscrit dans l’ovale parfait de son visage,

Une langueur mélatonique.

~

Mirliton