Histoire de chaise

Cette manie de photographe:

« Tu montes et tu te cales sur la chaise »

Les p’tites bien en face du pied de l’appareil

Faut croire que trop petites

Elles n’entraient pas dans le cadre

Ou que sur le siège, elles devaient l’attendre.

L’attente latente intimide.

Mirliton

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Est-ce un crime?


Scène 1

~

La chaise se fait prier, un témoin principal gênant.

D’une main ferme, on se retient ensemble,

Sous un décor planté comme une apparition.

La table s’est éloignée, elle ne va plus parler.


Scène 2

~

La coquette défrise l’astrakan en bouclettes

& s’emmitoufle; la main en peigne lisse la fourrure.

Elle dissipe ainsi sa peur du noir, des loups &

Des histoires à croquer les petites des Carpates.


Scène 3

~

La chambre est terne & grise la pellicule.

Elle s’affiche dans un coin, renversante,

Noire de gants & projette son ombre,

Son corps survêtu se démasque surréel.

~

Mirliton

Histoire de chaise

Osier,

1890-1900

Monsieur Jacques, tout jeune,

Enrubanné, se montre dans le jardin,

en pied sur le fauteuil d’osier,

Fier de tenir depuis peu son équilibre.

Il s’applaudit d’être au centre des débats,

Rit de l’attente d’un p’tit oiseau

Surgissant de l’étrange soufflet corbeau

& sa mère en coulisse s’apprête à la dégringolade.

Mirliton

Dehors

  

Accoudée au relax déployé,

Installée au creux. Autour, 

Le silence aux aguets.

Les feuilles, seules, semblent agitées

Et tu sombres au bord du laisser aller,

Quand un sursaut de plumes, d’envolées.

Les chants qui reprennent dans les branches

T’éveillent.

Tu refermes les yeux et l’espace t’apparaît

Courbe, construit de trilles en mélodies,

La perspective s’éloigne de tous cotés.

Mirliton

Libellule

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1860

Ben oui! Libellule!

Compte trente!
Le déclencheur grignote
Je m’accroche à la chaise,
Je regarde le photographe,
Lui aussi en suspend.
Une mouche, un ange passent,
N’auront pas l’air impressionné
Faut encore tenir longtemps?
Ça me chatouille
J’vais éternuer, c’est sûr!

Quatre coins

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Vers 1900/1910

Bien que les temps de poses aient changé,
Le souvenir reste tenace de la photo bougée.

Quand serons nous libre de nos mouvements?
Au dixième? Au centième?

Agrippez chacun un pied,
tenez bien la sellette!
& surtout pas bouger!

Baluchon

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Bon, me voilà sur le panier à linge,
Affuté comme un boulet de canon,
Le nœud de travers à me couper la gorge.

Faut pas bouger: « v’là l’oiseau! » comme nous dit le tonton.

Moi, je me moque que le portrait soit moche,
D’ailleurs, je sais bien qu’il préfère que je le laisse
Avec son oiseau & l’ Odette,
Celle qu’est pas très nette à cause des galipettes!
Mais lui, c’est plutôt un truc qu’il aime,
La voir cul par dessus tête.
Même qu’il se demande avec son appareil,
Si y peut pas l’arrêter en plein vol,
« L’apesanteur ! » qu’y dit,dans ses envolées lyriques,
Moi, je le soupçonne de surtout trouver l’émotion,
Plus aux dessous de l’anatomie, qu’à la gymnastique.

Mirliton

Regarder l’objectif

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1900?
En un demi siècle la pause se réfléchit, s’affirme.
Le temps frise l’instantané,
Mignonne, quelle photographie de toi, vas tu me donner?
Tu vas t’imaginer en artiste des variétés,
Dans les postures des revues illustrées.
Un miroir prés de l’appareil, ajuste ta tenue,
Soigne ton regard,
Éclaire un sourire léger.