Histoire de chaise

Cette manie de photographe:

« Tu montes et tu te cales sur la chaise »

Les p’tites bien en face du pied de l’appareil

Faut croire que trop petites

Elles n’entraient pas dans le cadre

Ou que sur le siège, elles devaient l’attendre.

L’attente latente intimide.

Mirliton

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Crève cœur

Figés dans la pâte à papier

La gélatine brillante

De l’éclat du passé,

Ces témoins inconnus

Jamais ne se sont rencontrés.

Fixés. L’action est de ne pas bouger,

D’imiter une fumée

Qui rêve d’images

Comme un lent nuage passé.

Mirliton

Le petit oiseau

Petit oiseau

Imagine un peu perdue une p’tite caille

Emberlificotée dans des couches de duvet

La plume de coton éclairant jaune poussin

Sur un fond de toile nuit noire.

~

Inquiète des rumeurs de Renard,

La peur du gobeur de poulailles

& de l’alarme du chien de niche

Éraillé, étranglé par sa chaine.

~

Mirliton

L’éclat du pavé

La descente du faubourg s’étale en pavage,

En lézardes, les murs montrent leur usure.

L’ appareil va quitter le studio.  Devenir anonyme,

Chanteur des rues devient photographe

Reportant l’image de la rue en plaque.

Rapporteur pointant un réel en cadre,

Associant son regard, isolant la scène.

La prise de vue, une demande?

Une femme présente un enfant?

Le sien ou est-elle la nourrice?

Qui est le photographe?

Un ami, un comparse, le père?

Il lui a dit:

« On va sortir dehors pour la lumière. »

Mirliton

En laisse

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Étrange ballet de bretonnes attachées à leurs porcs.
Le photographe, caché entre deux charrettes,
surprend la rencontre des femmes des fermes alentours.
Elles profitent du moment pour donner les nouvelles.
Rires et retrouvailles résonnent en éclats.
Les cochons, eux, toujours en laisse, ne se parlent pas,
Ils baissent la tête, inquiets de cette ballade
Apparemment sans but dans les rues de la ville .

Auray, un jour de marché, vers 1910

L’oued

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À travers
Un verre fragile, en transparence,
Là où se dépose le cliché.

Dessus,
Le lit d’une rivière souterraine
Que des pluies lointaines,
Venues du nord,
Un jour, fera apparaitre.

Souvent
Dans l’oubli de ces crues soudaines,
L’oued devient un lien,
Un sillon creusé dans le paysage,
Serpentant en silence entre les villages.

L’oubli

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Vers 1850 anonyme
Le sel sur le verre a déposé en ombres
l’éternel souvenir au nom maintenant perdu.
Un prénom au revers, quelquefois, un âge,
Sophie ou Eugènie, 18 ans dont personne se souvient
& qui reste égarée dans l’oubli des familles.

Paysage de nuit

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La plaque en négatif vire à l’enfer
Coule la lave du volcan,
Se répand le charbon ardent.

L’inverse donne le jour au glacier,
À une mer de glace immobile,
Impassibles, les vagues se figent.

T’entends?
juste quelques craquements
& un froid diffus d’enterrement.

La limite

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Le mur, lèche-vitrine, s’imbibe, se grignote,
La brique s’abime et lentement dégringole.
Le rideau découpe une lumière de dentelles
Sur le bois de la table où restent quelques miettes.

L’hiver, le nez collé aux vitres,
Dehors, souffle un givre de paillettes,
Toi, tu lèches le carreau et l’air chaud de la buée

& tu attends l’été, quand la porte ouverte,
Tu dépasses la limite du plancher,
Pour rejoindre la terre, la gadoue, les pierres
& courir t’emplir de la chaleur des bruits.

Amical Mirliton

Dépliée

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En boule, recroquevillée, l’éventail en bataille,
Calée, un tabouret posé au bout des fesses,
Un rien pressée d’attendre qu’une envie lui vienne;
Elle se demande, lui jetant un soupçon de regard,
Si elle pourra bondir comme un ressort magique
De cette diable de boite à musique photographique.

Mirliton

Blanche

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Dans la cour, on tendait le filet,
Dans la lumière aveugle de l’après midi.

Et là, sans bien savoir jouer de nos raquettes,
On échangeait des rires et perdait des volants.

Souvent, en nage, au bout d’un temps, il fallait s’arrêter
& se poser à l’ombre fraiche d’une limonade.

Mirliton