Âme de papier


Âme de papier


🌑
Anonyme souvenir de papier tout recroquevillé
L’enfant est depuis longtemps oublié,
disparu …. encore, a-t-il vécu?
Plus personne pour le reconnaitre
L’image avait -elle une famille?
Déjà le décor sépia couché se fane.
Lentement la lumière attaque le miroir
Brûle son âme de papier.
*
🔲mirliton🔳
^
Perspective fluide
*
Le bois s’y laisse prendre
comme le regard § ailleurs.
L’histoire est déjà là;
il la voit, dessinée à l’avance.
Suffira de tracer
sur l’horizon des jours,
ces instants où le corps
ne se souciera ni de lui-
même ni de l’ombre.
Un point de vue
… suspendu…
dans l’espace donné
sur le tableau du temps.


🔘caroline D.🔘
!

Du lait!

Débit de lait
*
Dans ma rue, y a deux boutiques
Dans l’une on vend de l’eau dans l’autre on vend du lait
La première n’est pas sympathique
Mais la seconde en revanche où l’on vend du lait l’est
Et c’est pour ça que tous les passants
La montrent du doigt en disant
Ah qu’il est beau le débit de lait
Ah qu’il est laid le débit de l’eau
Débit de lait si beau débit de l’eau si laid
S’il est un débit beau c’est bien le beau débit de lait

Charles Trenet
Paroles, Francis Blanche, Musique, Charles Trenet, 1943. Republié chez Abeille Musique en 2005 sur l’album « Le concert de la Varenne 1954 »
*

Bzz…bzz…bzz

Bzz…bzz…bzz

~
Lestes, comme elles butinent
Presqu’utiles au matin.
~
Une bande de mandolines
se mêlent du refrain.
Des fleurs aux étamines,
Au chantier des pétales
Elles se sentent parfum.
~
Jusqu’à en être ivres,
Le pétard en nectar,
Revient vite alors
le tournis du retour
Au dédale du chemin.
~
Rentrez pas trop tard!
La reine indigne s’inquiète.
~
°} Mirliton {°
~
tournis, tu dis
pareil il faut rouler
bouger
sur le jour et la nuit
les interprétations qui fusent
à en rire encore et encore
comme si l’hiver jamais
cherchait son chemin
*
{ caroline D.}
¥

Crève cœur

Figés dans la pâte à papier

La gélatine brillante

De l’éclat du passé,

Ces témoins inconnus

Jamais ne se sont rencontrés.

Fixés. L’action est de ne pas bouger,

D’imiter une fumée

Qui rêve d’images

Comme un lent nuage passé.

Mirliton

Le petit oiseau

Petit oiseau

Imagine un peu perdue une p’tite caille

Emberlificotée dans des couches de duvet

La plume de coton éclairant jaune poussin

Sur un fond de toile nuit noire.

~

Inquiète des rumeurs de Renard,

La peur du gobeur de poulailles

& de l’alarme du chien de niche

Éraillé, étranglé par sa chaine.

~

Mirliton

L’éclat du pavé

La descente du faubourg s’étale en pavage,

En lézardes, les murs montrent leur usure.

L’ appareil va quitter le studio.  Devenir anonyme,

Chanteur des rues devient photographe

Reportant l’image de la rue en plaque.

Rapporteur pointant un réel en cadre,

Associant son regard, isolant la scène.

La prise de vue, une demande?

Une femme présente un enfant?

Le sien ou est-elle la nourrice?

Qui est le photographe?

Un ami, un comparse, le père?

Il lui a dit:

« On va sortir dehors pour la lumière. »

Mirliton

En laisse

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Étrange ballet de bretonnes attachées à leurs porcs.
Le photographe, caché entre deux charrettes,
surprend la rencontre des femmes des fermes alentours.
Elles profitent du moment pour donner les nouvelles.
Rires et retrouvailles résonnent en éclats.
Les cochons, eux, toujours en laisse, ne se parlent pas,
Ils baissent la tête, inquiets de cette ballade
Apparemment sans but dans les rues de la ville .

Auray, un jour de marché, vers 1910

L’oued

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À travers
Un verre fragile, en transparence,
Là où se dépose le cliché.

Dessus,
Le lit d’une rivière souterraine
Que des pluies lointaines,
Venues du nord,
Un jour, fera apparaitre.

Souvent
Dans l’oubli de ces crues soudaines,
L’oued devient un lien,
Un sillon creusé dans le paysage,
Serpentant en silence entre les villages.

L’oubli

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Vers 1850 anonyme
Le sel sur le verre a déposé en ombres
l’éternel souvenir au nom maintenant perdu.
Un prénom au revers, quelquefois, un âge,
Sophie ou Eugènie, 18 ans dont personne se souvient
& qui reste égarée dans l’oubli des familles.

Paysage de nuit

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La plaque en négatif vire à l’enfer
Coule la lave du volcan,
Se répand le charbon ardent.

L’inverse donne le jour au glacier,
À une mer de glace immobile,
Impassibles, les vagues se figent.

T’entends?
juste quelques craquements
& un froid diffus d’enterrement.