L’amoureuse du poney

La préférence pour les poneys est une chose connue chez les petites poupées.
La crinière à tresser, la robe à étriller,
Elles chevauchent sans fin le tranquille animal,
Qui les mènent à l’ombre des chemins.
Elles,elles restent en arceau en monture,
& s’endorment satisfaites, au rythme de son train.

mon cheval

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Rotation

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La balle en rotation,
L’otarie se dandine,
Elle garde l’équilibre & déjà,
pense au poisson,
Qui dans son seau frétille,
inconscient du danger,
Il tourne aussi en rond,
Sans une échappatoire,
Sous l’emprise du plastique,
Le diner est captif.

Le zèbre & la taupe

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Aux dépouilles des bêtes,
Les ressorts donnaient respiration,
Chacun d’eux pouvait couiner à l’aise,
& les peaux semblaient vivre de l’air de cette chanson.

Bien sûr, la fable ne dit rien des fesses
Qui usaient & s’usaient sur les ronds.
Elle ne voulait penser qu’à l’effet de l’âge
Sur la nature des matériaux.

Du zèbre, au poil long et rêche
Ses rayures flamboyantes, savamment arrangées,
Faisaient vite décoration.
La taupe plus discrète & myope
Laissait à la lumière un effet sans sensation.

À la longue, du zèbre, les poils sont perdus,
L’animal oublié, loin de sa savane,
lentement se dessèche & ne restent que les os!
Le fouisseur à la dure sous la terre,
N’avait jamais d’accroc,
& longtemps son duvet conserva son manteau.

Moralité:
Chêne, garde toi de la rapide illusion,
Le roseau suit le vent & aime sa pression.

Mirliton

La jetée

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Allez trainer au changement de marée,
À la lumière rasante et la nuit en miroir,
Quand la plage désertée, s’ éclaire à la lune,
En silence, un murmure scintille au rivage,
& la mer s’étale en un vague roulis,
Que l’on longe, dans un sable assoiffé par nos pas.

Mirliton

La croyante

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Sarcophage de Fayoum

Dans une contrée magique, le champs
Du Monastère nourrissait la prière.
Je crois, je vois le paradis du Chant
Aux portes de l’enfer et de la Terre.

C’est la beauté secrète de l’Orient
Prières et chants, arbres et lumière.
La Vierge attend le rire de l’Amant,
Dans le sillon, jette la graine amère.

Qu’ils sont heureux les reclus ! Ô Voyant
Gardien des lieux à la main tendue,
La Vierge lapidaire ensemençant
La terre dans la vallée suspendue.

Astre de soif où croît la vie pourtant,
Les corps, les âmes, graciles, austères,
Anges de l’Algérie vêtus de blanc,
Face aux tueurs noirs des Monastères.

Ô toges blanches, Faces éblouies
Par la bonté des hymnes ; mais la mort
Plane, aux mines d’orgueil, désunies,
Érugineuses, assoiffées d’or.

Aux portes de l’enfer, il y a l’homme.
Au fond du Monastère, il y a l’homme.
La Croyante en son pays redonne
Vie aux fruits de la Terre, toujours bonne.

Camille Aubaude

Bananes volubiles

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Acclimatés,
Les fruits, en haut, tirent la langue,
Sous les palmes des feuilles géantes.
Les serpentins roulent des trilles
À des insectes ivres d’exotisme
Qui transforment le miel en iles.

Plus loin,
La vahiné assoiffée, décoiffée, déchaussée,
mousse dans le lait
& nappe la tarte d’une peau,
Une crème, qui lentement fige,
À l’ombre des frigo.

Mirliton

Vertige

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Prisonniers de la cuve des vendanges,
Le jus de la pulpe piétinée,
Écrasée,rouge jusqu’à la taille,
Désirant se frotter à leurs corps dévêtus,
Ils se glissent entre cuisses,
S’exclament bouche à bouche,
Jouissent, enivrés des vapeurs
& mélangent ce vertige
Au goût du nouveau vin.

Le raidillon de Robinson

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Pas très loin,
Suivant les bords de Marne,
Quelques temps,canoter sur l’eau,
Suivre le bouchon,
Les dames se délacent du corset
Allongées, à l’abri, à l’ombre des arbres
& puis elles monteront la cote jusqu’à l’auberge,
Pour prendre une dernière collation,
Après, retour à la maison!
Mirliton.

PS:Bon, d’accord y’a pas de Marne à Robinson,
Y’a plus de badauds dans le raidillon,
Y’a plus d’ânes, y’a plus de maisons.

Alors rien n’empêche après le raidillon,
D’avoir envie d’une collation

L’échafaudage

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Dame, a t’elle perdue la tête?
Pur esprit, rongée de sentiments.
La chaleur au creux
De sa pâleur de guêpe.
Elle retient son souffle,
Se vide, paraitre plus courbe!
Mais, à l’instant,
Les jambes lui manquent,
Au décollage,
Des sels, la vapeur, l’équilibre
Des pieds du guéridon,
L’échafaudage
& se remettre en pause.

Mirliton

Fillette aux jouets

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« Tous les enfants parlent à leurs joujoux ; les joujoux deviennent acteurs dans le grand drame de la vie, réduit par la chambre noire de leur petit cerveau. Les enfants témoignent par leurs jeux de leur grande faculté d’abstraction et de leur haute puissance imaginative. Ils jouent sans joujoux. Je ne veux pas parler de ces petites filles qui jouent à la madame, se rendent des visites, se présentent leurs enfants imaginaires et parlent de leurs toilettes. Les pauvres petites imitent leurs mamans ; elles préludent déjà leur immortelle puérilité future, est aucune d’elles, à coup sûr, ne deviendra ma femme. – Mais la diligence, l’éternel drame de la diligence joué avec des chaises : la diligence chaise, chevaux-chaises, les voyageurs-chaises ; il n’y a que le postillon de vivant !
L’attelage reste immobile, et cependant il dévore avec une rapidité brûlante des espaces fictifs. Quelle simplicité de mise en scène ! et n’y a-t-il pas de quoi faire rougir de son impuissante imagination ce public blasé qui exige des théâtres une perfection physique et mécanique, et ne conçoit pas que les pièces de Shakespeare puissent rester belles avec un appareil d’une simplicité barbare ? »

La morale du joujou Baudelaire