Lorsque l’on s’attache à lire les couleurs, on est surpris de voir que, bien que l’usage de la couleur soit culturellement partagé, la couleur n’a pas de sens en elle-même. L’ensemble des textes sur la couleur a pourtant tenté d’orienter la vision, surchargeant chaque teinte d’un sentiment, d’un rapport analogique ou la classant dans une répartition symbolique ou chromatique.

La science elle-même n’a pu que constater que les écarts de longueurs d’onde et a laissé le rythme et la mélodie sans voix. L’âme publicitaire ou signalétique n’a utilisé la coloration que sous le mode autoritaire et contrasté. Pourtant, une expérience de la couleur en dehors des définitions scientistes ou mystiques est chaque jour pratiquée. Elle a pour base la reconnaissance des objets. Regardons la nourriture : ce citron est-il juste jaune pour être acide, cette viande assez rouge pour être bonne et cette souris assez grise pour être gibier. De cela, nous sommes amenés à penser que la couleur aide à la forme. Ces couleurs partagées, lieux communs de la reconnaissance, ne parviennent pas à laisser les teintes livrées à elles-même. Même lorsque la lumière baisse, notre mémoire n’est-elle pas en train de colorer l’image pour bien la retrouver ? Longtemps, l’art attaché à la ressemblance a tenté de restituer l’image que nous souhaitions voir.

Aujourd’hui, seuls face aux coloris, nous errons sas but, distribuant les teintes en aveugle et, satisfaits des rapports rencontrés, nous pouvons décorer. L’ascétisme des années passées a bien tenté d’établir la grammaire à repenser, d’asseoir l’art contemporain sur la morale de l’universalité ; la couleur s’en est toujours tirée. Cacophonique par essence, elle ne se laisse jamais téléguider ; utilisée en excès, elle n’a jamais démérité. Et nous, nous restons face aux motifs colorés et vous les admirez.                               jean yves beaujean

2 réflexions sur “Annoncer la couleur

  1.  » Le dessin est le sexe masculin de l’art ; la couleur en est le sexe féminin(…) Il faut que le dessin conserve sa prépondérance sur la couleur. S’il en est autrement, la peinture court à sa ruine ;elle sera perdue par la couleur comme l’humanité fut perdue par Ève.  »

    Charles Blanc
    in  » Grammaire des arts du dessin  » (1867)

    Voilà ! Ah non mais !

  2. Les fossoyeurs de l’art ont toujours prédit la fin du monde,sans jamais faire lâcher les petits fours au monde de l’art!Ève n’est qu’un projet d’exploration qui a rempli de désirs les crayonneurs (courbes & plis de caresses).Ève est homme & femme, seulement sujet au toucher.La couleur habille & découpe les corps en zones ,oriente le regard (guêpe).Le spectateur doit oublier les « il faut » & » sinon » pour conserver le plaisir de saliver.Que Charles continue à caresser l’idée d’une grammaire & nous la toile avec les pinceaux!
    GR aRa

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